Loddigésie admirable
Loddigesia mirabilis
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Apodiformes |
| Famille | Trochilidae |
Répartition géographique
- Présence permanente.
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NT B1b(iii); C2a(ii) : Quasi menacé
Statut CITES
La Loddigésie admirable (Loddigesia mirabilis[1]) est une espèce d'oiseaux de la famille des Trochilidae, native d'une petite région andine du nord du Pérou[2], la seule représentante du genre Loddigesia.
Son nom courant en espagnol est variable : colibrí cola de espátula (« colibri queue en spatule »), colibrí maravilloso (« colibri merveilleux ») ou colibrí admirable[3]. En anglais on le nomme marvelous spatuletail (« queue en spatule merveilleux »), et en allemand Violettscheitel-Flaggensylphe (« sylphe étendard à couronne violette ») ou Wundersylphe (« sylphide merveilleuse »).
Elle fréquente les forêts tropicales et subtropicales humides de montagne, ainsi que les forêts tropicales et subtropicales de broussailles de haute altitude.
Cette espèce rare et sédentaire est menacée en raison de la plantation de cannes à sucre.
Description
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Le zoologue français Charles-Lucien Bonaparte qualifiait déjà en 1850 la Loddigésie admirable de « plus beau des Oiseaux-Mouches » ; et il notait que cette espèce « est pour le moment et restera peut-être toujours isolée »[4].
Ce colibri a, il est vrai, un plumage tellement rare, contrasté et remarquable — notamment du fait de la présence de ses longues plumes caudales (ou rectrices) dont les extrémités en spatule sont très excentrées chez le mâle, et de l'iridescence marquée de la partie aux couleurs vives de son plumage — qu'il est l'un des seuls oiseaux au monde à créer son propre écotourisme car il y a tant d'ornithologues qui désirent l'observer que des expéditions sont organisées rien que pour lui. Certains trouvent même son plumage splendide, c'est-à-dire étymologiquement « brillant », et cette splendeur caractéristique est un des moyens d'identification de l'espèce, en tout cas pour le mâle. C'est lui, à l'évidence, qui lui a valu l'adjectif latin de son nom binominal : mirabilis (« merveilleux, étonnant, admirable »).
Le mâle adulte possède en effet une calotte mauve vif, tirant parfois sur le bleu turquoise, sa nuque est brunâtre. Son dos est gris-noir, ses flancs tirent sur le vert. Son ventre est blanc, marqué d'une large tache noire ou brune dont la ligne s'étend du menton aux pattes. La zone de son menton ou jabot est également marquée d'une tache vert turquoise iridescente, bordée de noir (le début de sa ligne ventrale). Comme la plupart des colibris, il possède une longue queue très fine. Mais le mâle se distingue par ses deux rectrices externes dont les rachis nus se croisent et qui se terminent chacune par une grande spatule noir violacé, car elles ne portent leurs étendards (vexillum) ou vexilles de barbes qu'à leur extrémité ; l'oiseau peut les mouvoir indépendamment l'une de l'autre. Les deux autres rectrices sont plus courtes et soutenues par deux longues sous-caudales[5] ; sa queue mesure environ le double de la longueur de son corps ; c'est le seul colibri au monde dont la queue ne possède que quatre plumes. Les rectrices externes de la femelle sont également longues, mais plus courtes que celles du mâle, et dépourvues de spatules[5],[6].

Comme souvent chez les colibris, la femelle est moins fortement colorée que le mâle et elle possède une queue un peu plus courte, non spatulée, plus courante : elle est donc plus difficile à identifier[7]. En période nuptiale, le plumage de la femelle est néanmoins un peu plus coloré, de nuances vert-jaune sur le dessus (tête, dos, naissance des ailes et de la queue) et blanc terne tacheté de gris-brun sur le dessous (cou, ventre) sans la ligne noire centrale du mâle ; elle n'a pas non plus la crête et le jabot vivement colorés du mâle[7].
Les deux sexes possèdent un assez long bec noir fin et très légèrement recourbé, comme chez la plupart des colibris essentiellement nectarivores, mais celui-ci est plus court et moins courbé que celui de nombreux autres colibris. Mâle et femelle ont aussi derrière l'œil une petite tache blanche caractéristique (et bien visible sur deux des trois photos ci-dessus). Le mâle mesure de 15 à 17 cm de long, queue comprise (laquelle fait 11 à 13 cm, donc son corps mesure entre 4 et 5 cm). La femelle mesure de 9 à 10 cm de long, queue comprise (5 à 7 cm, donc son corps mesure de 3 à 4 cm). Le dimorphisme sexuel est marqué.
Le mâle jeune est lui aussi moins coloré que le mâle adulte (comme souvent), dans des tons blanc-gris-beige, mais vers l'âge d'un an il arbore déjà un jabot doré-vert iridescent[8].
Habitat et répartition
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On ne trouve la Loddigésie admirable que dans le nord du Pérou, le long de la rive orientale du río Utcubamba (affluent du río Marañón, donc de l'Amazone), dans le département d'Amazonas ; elle a également été observée plus à l'est, dans le département de San Martín[5].
Cette espèce est en tout cas considérée comme peu commune dans ses habitats naturels : lisières de forêts humides, végétation secondaire et maquis de montagne (sous forme de ronces mêlées à certaines espèces d'aulnes), dans les champs ouverts, les vallées escarpées et les gorges, à des altitudes comprises entre 2 100 et 2 900 m, bien qu'il existe quelques rapports non confirmés faisant état d'altitudes plus élevées et plus basses[2],[5]. Elle est donc rare et en danger (statut UICN : quasi menacé).
Systématique
[modifier | modifier le code]Première description
[modifier | modifier le code]L’espèce Loddigésie admirable a été décrite pour la première fois par l’ornithologue français Jules Bourcier en 1847 sous le nom scientifique Trochilus mirabilis ; sa localité-type y est indiquée comme étant : « Chachapoyas, Pérou » [1],[9]. Cette espèce y est dite avoir été rapportée pour la première fois par M. Matthews en 1836.
Le nom de genre proposé par Reichenbach en 1847 était Mulsantia mirabilis[10].
Puis le nom de genre Loddigesia, en hommage à l'ornithologue et botaniste britannique George Loddiges a été proposé par l'ornithologue français Charles-Lucien Bonaparte en 1850 à la suite de John Gould, genre dont l’espèce-type initialement désignée était Trochilus mirabilis, l’espèce décrite ici. Par un repentir lié à un conflit à l'époque avec un genre revendiqué pour un végétal par les botanistes, il rebaptise (temporairement) le genre en Loddigiornis (suffixe emprunté au grec ὄρνις = órnis : « oiseau », qu'on retrouve en préfixe dans “ornithologie”) : « Mû par un sentiment pareil à celui qui nous anime, Gould tenait à consacrer lui-même la mémoire de Loddiges, de ce Loddiges que j’excitais en 1840 à produire cette monographie, qu’il était réservé à un autre de publier : monographie que je savais aussi bien préparée dans sa tête que facile à illustrer moyennant sa magnifique collection. Loddigesia étant déjà une plante (car les botanistes usent depuis longtemps d’un droit que quelques-uns voudraient, je ne sais pourquoi, se réserver à l’exclusion des zoologistes), on devra désormais appeler Loddigiornis mirabilis, Gould, le Trochilus mirabilis, Loddiges, du Pérou, le plus beau des Oiseaux-Mouches ; espèce qui est pour le moment et restera peut-être toujours isolée »[4].
Taxonomie
[modifier | modifier le code]La Loddigésie admirable est actuellement (en 2026) considérée par les systèmes taxonomiques mondiaux comme le seul membre de son genre Loddigesia. Elle est donc monotypique.
Cependant, une étude phylogénétique moléculaire approfondie des colibris menée et publiée par McGuire et alii en 2014 sur la famille des Trochilidae a montré que cette espèce serait incluse dans le genre Eriocnemis. Si le transfert de l'espèce à ce genre était définitivement décidé, il serait nécessaire de modifier le nom de l'espèce Eriocnemis mirabilis (ou « Érione muliticolore ») qui devrait alors recevoir une nouvelle épithète spécifique car sur mirabilis, l'espèce actuelle de la Loddigésie admirable a la priorité.
Références culturelles
[modifier | modifier le code]À la télévision
[modifier | modifier le code]La loddigésie admirable a fait l'objet de plusieurs documentaires produits ou diffusés par des chaines anglo-saxonnes pour des séries d'émissions à destination du grand public comme Nature (en) sur PBS TV (l'audiovisuel public états-unien)[11] ou comme trois séries produites par la BBC : Natural World (en)[12], Life (en), et The Americas (en) (saison 1 épisode 7, diffusé sur la NBC).
En littérature
[modifier | modifier le code]L'écrivain suisse francophone Laurent Huguelit, écosophe adepte d'une écospiritualité affirmée et bien informé sur les pratiques chamaniques de par le monde, auteur de Mère - L'enseignement spirituel de la forêt amazonienne (préface de Matthieu Ricard), a choisi de dédier son livre à ce petit oiseau rare et menacé :
« à la loddigésie admirable (Loddigesia mirabilis)
symbole de tout ce qui est sacré en ce monde. »[13]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Loddigesia mirabilis » (voir la liste des auteurs).
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Marvelous spatuletail » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 Avibase, consulté le .
- 1 2 (en) « Marvelous Spatuletail Loddigesia mirabilis »
, sur datazone.birdlife.org, Birdlife International (consulté le ). - ↑ (es) Francisco Bernis, Eduardo De Juana, Josep Del Hoyo, Manuel Fernández-Cruz, Xavier Ferrer, Ramón Sáez-Royuela et Jordi Sargatal, « Nombres en castellano de las aves del mundo recomendados por la Sociedad Española de Ornitología (Quinta parte: Strigiformes, Caprimulgiformes y Apodiformes) » [« Noms en castillan des oiseaux du monde recommandés par la Société Espagnole d'Ornithologie, (Cinquième partie : Strigiformes, Caprimulgiformes et Apodiformes) »], Ardeola, Madrid, Handbook of the Birds of the World, vol. 47, no 1, , p. 123-130 (ISSN 0570-7358, lire en ligne
[PDF], consulté le ). - 1 2 Charles-Lucien Bonaparte, « Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences », sur BHL Biodversity Heritage Library : biodiversitylibrary.org, (consulté le ), page 381.
- 1 2 3 4 (en) T. Züchner et P. F. D. Boesman du Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, New York, « Marvelous Spatuletail (Loddigesia mirabilis) », sur birdsoftheworld.org, « Birds of the World » (J. del Hoyo, A. Elliott, J. Sargatal, D. A. Christie, et E. de Juana éditeurs), version 1.0., (DOI https://doi.org/10.2173/bow.marspa1.01., consulté le ).
- ↑ (es) J. Rodríguez Mata, F. Erize et M. Rumboll, « Coqueta maravillosa Loddigesis mirabilis », dans Guía de campo Collins. Aves de Sudamérica. No paseriformes, Buenos Aires, Letemendia Casa Editora : Harper Collins Publishers, , 220 p. (ISBN 987-21732-9-X), p. 306.
- 1 2 On voit notamment ici une photo de Loddigésie admirable femelle : Marc Fasol, « Loddigésie admirable - Loddigesia mirabilis - Marvelous Spatuletail », sur oiseaux.net, (consulté le ).
- ↑ Voir ici une photo de Loddigésie admirable mâle juvénile : Marc Fasol, « Loddigésie admirable », sur oiseaux.net, (consulté le ).
- ↑ Jules Bourcier, « Description de quinze espèces de Trochilidées [sic] du cabinet de M. Loddiges : Trochilus mirabilis », sur BHL Biodversity Heritage Library : biodiversitylibrary.org, (consulté le ), page 42.
- ↑ Heinrich Gottlieb Ludwig Reichenbach, « Journal für Ornithologie : Sylphae, Elfen, Orthorhynchinae », sur BHL Biodversity Heritage Library : biodiversitylibrary.org, (consulté le ), page 12.
- ↑ Nature, épisode Hummingbirds: Magic in the Air (« Colibris : magie aérienne »), 10 janvier 2010.
- ↑ Natural World, épisode 5, Attenborough's Ark: Natural World Special, 9 novembre 2012
- ↑ Laurent Huguelit (préf. Matthieu Ricard, ill. Angéline Bichon), Mère : l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne, Mama éditions / Pocket (rééd. poche), coll. « Chamanismes », 2019 / 2026, 528 p. (ISBN 978-2845941915 et 978-2266361156, lire en ligne), page de garde.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Articles génériques
[modifier | modifier le code]Espèce voisines
[modifier | modifier le code]Il existe un genre de colibris andins (Ocreatus) avec trois espèces plus répandues que la Loddigésie admirable, et qui lui ressemblent beaucoup : avec une queue similaire, à palettes, mais plus courte et moins mobile. Notamment l'espèce « Haut-de-chausses du Pérou » (Ocreatus peruanus, Gould, 1849), dont l'aire de répartition est très voisine (quoique légèrement plus à l'ouest) de celle de Loddigesia mirabilis. Ces espèces au nom significatif (« Haut-de-chausses » en français ou Booted racket-tail en anglais <« colibri bottés à queue en raquette »>) se distinguent de la Loddigésie par les touffes de duvet bien visibles qui ornent et cachent leurs pattes.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) T. Zückner, K. L. Schuchmann et al., « Family Trochilidae (Hummingbirds) », dans Josep del Hoyo, Andrew Elliott et Jordi Sargatal, Handbook of the Birds of the World, vol. 5 : Barn-owls to Hummingbirds, Barcelone, Lynx edicions, , 760 p. (ISBN 978-84-87334-25-2, lire en ligne
), p. 663-664 & planche 73 p. 662.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (fr + en) Avibase : Loddigesia mirabilis (Bourcier, J 1847) (+ répartition) (consulté le )
- (en) CITES : Loddigesia mirabilis (Bourcier, 1847) (+ répartition sur Species+) (consulté le )
- (fr) CITES : taxon Loddigesia mirabilis (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )
- (en) Congrès ornithologique international : Loddigesia mirabilis (Bourcier, 1847) dans l'ordre Apodiformes (consulté le )
- Oiseaux.net : Loddigesia mirabilis (+ répartition) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Loddigesia mirabilis (consulté le )
- (en) Zoonomen Nomenclature Resource (Alan P. Peterson) : Loddigesia mirabilis (consulté le )