Beidanes
| Langues | Hassaniya, arabe classique |
|---|---|
| Religions | Islam sunnite malikite |
Les Bidanes (en hassaniya : البيضان, al-Bīḍān, littéralement « les Blancs »), également appelés Maures par les sources coloniales françaises, sont une ethnie arabo-berbère de l'ouest Saharien, majoritaire en Mauritanie et au Sahara occidental, également présente dans le sud du Maroc, le sud-ouest de l'Algérie, le nord du Mali et le nord du Sénégal.
Le terme « Bidane » désigne l'ethnie résultant de la fusion entre les tribus berbères Sanhaja (majorité démographique) et les tribus arabes Banu Hassan (minorité politiquement dominante depuis la guerre de Charbouba au XVIIe siècle). La société Bidane est structurée en classes : les Hassan (guerriers arabes), les Zouaya (marabouts), les Znaga (tributaires de langue berbère), et les Haratines (anciens esclaves affranchis).
Leur langue maternelle est le hassaniya, dialecte arabe mêlé de substrat berbère znaga.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le mot Bīḍān (بيضان) est le pluriel de abyaḍ (أبيض, « blanc ») en arabe. Il est utilisé depuis au moins le XIVe siècle pour désigner les populations à peau claire du Sahara occidental, par opposition aux populations d'Afrique subsaharienne appelées Sūdān (سودان, « Noirs »).
Le géographe arabe Ibn Hawqal (Xe siècle) mentionne déjà la distinction entre al-Bīḍān et al-Sūdān : « si les Blancs se reproduisent au pays des Noirs pendant sept générations, ils reviennent à leur teint noir, et si les Noirs se reproduisent au pays des Blancs pendant sept générations, ils reviennent à leur blancheur et à leur pureté »[1].
Le chroniqueur Ibn Khaldun (XIVe siècle) explique l'étymologie de « Sanhaja » : « صنهاج هو زناك — إلا أن العرب عربته وزادت فيه الهاء فصارت صنهاجة » (Sanhaj est Znak — les Arabes l'ont arabisé en ajoutant un h, ce qui a donné Sanhaja)[2].
L'historien Paul Marty (1919) confirme : « زناقة وأزناقة تحريف لصنهاجة » (Znaga et Aznaga sont une déformation de Sanhaja)[3].
Origines
[modifier | modifier le code]Période pré-islamique
[modifier | modifier le code]Les Sanhaja, originaires de la péninsule arabique (tribu Himyar selon la majorité des sources arabes médiévales[4]), arrivent au Sahara avant l'Islam. Passant par les territoires berbères du Nord, leur langue se berbérise : « أسلاف الصنهاجيين وصلوا إلى البلاد الموريتانية قبل الإسلام مخترقين مجالات البربر فتبربرت ألسنتهم » (Les ancêtres des Sanhaja arrivèrent en Mauritanie avant l'Islam, traversant les territoires berbères ; leur langue se berbérisa)[5].
L'empire almoravide (XIe-XIIe siècles)
[modifier | modifier le code]Au XIe siècle, les tribus Sanhaja du Bilad al-Mulathimin (pays des Voilés) — les Znaga : Massufa, Lemtuna et Goddala — fondent l'empire almoravide, également appelé « دولة الملثمين » (l'État des Voilés) dans les sources almohades[6],[7]. Sous Youssef ben Tachfine, Lemtuni de la tribu des Lemtuna, l'empire s'étend de l'Èbre au Sénégal.
Le litham (voile de visage), marque identitaire des Sanhaja, devient le symbole de cette civilisation. Le chroniqueur de l'Al-Hulal al-Mawshiyya (XIVe siècle) rapporte son mythe fondateur : « فعند ذاك تلثموا كفعل نسائهم في ذلك الزمان — وصار اللثام زيهم الذي أكرمهم الله به » (Ils se voilèrent alors comme leurs femmes en ce temps-là — et le litham devint leur marque distinctive que Dieu leur accorda)[8].
Après la chute des Almoravides face aux Almohades (541H/1147), les tribus sanhaja survivantes se replient vers le Sahara.
L'arrivée des Banu Hassan (XIIIe-XVe siècles)
[modifier | modifier le code]Les tribus arabes Maqil, ancêtres des Banu Hassan, franchissent la Saguia al-Hamra vers 1400[9]. Guerriers nomades, ils s'imposent progressivement comme force politique dominante dans l'espace saharien.
L'historien Ibn Khaldun conteste leur généalogie hachémite et les rattache aux Himyar du Yémen, comme les Sanhaja[10].
La guerre de Charbouba (1055H/1645 — 1085H/1675)
[modifier | modifier le code]La fusion décisive entre Sanhaja et Banu Hassan se produit lors de la guerre de Charbouba, conflit de trente ans entre les Zouaya (tribus religieuses sanhaja) et les Maghafira (tribus guerrières Banu Hassan)[11].
L'imam Nasir al-Din (né vers 1055H/1645, mort en 1085H/1674), chef Lemtuni de la tribu des Lemtuna, organise la résistance zouaya. Le chroniqueur Ibn Tuwayr al-Janna note : « وكان رهط ناصر الدين قبل قيام تشمشه من لمتونة » (Le clan de Nasir al-Din, avant son soulèvement, était des Lemtuna)[12].
La guerre s'achève par la victoire militaire des Banu Hassan, mais la société qui en émerge est une fusion : les Sanhaja restent majoritaires démographiquement ; les Banu Hassan deviennent la classe guerrière dominante. Le hassaniya s'impose comme langue commune.
Structure sociale
[modifier | modifier le code]La société bidane traditionnelle est hiérarchisée en classes :
| Classe | Origine | Fonction |
|---|---|---|
| Hassan (حسان) Arabes Banu Hassan Guerriers, émirs, portent les armes | ||
| Zouaya (زوايا) Sanhaja + convertis Savants religieux, juges, imams | ||
| Znaga (زناقة) Sanhaja non armés Tributaires, éleveurs | ||
| Haratines (حراطين) Esclaves affranchis Agriculteurs, serviteurs | ||
| Abid (عبيد) Esclaves Servitude domestique |
L'historien Paul Marty décrit cette hiérarchie dans son ouvrage L'Émirat des Trarzas (1919).
Le terme Znaga (زناقة), déformation de Sanhaja, évolue après Charbouba pour ne plus désigner que la classe tributaire. Les Sanhaja ayant conservé les armes adoptent le qualificatif d'« Arabes »[13],[14].
Langue
[modifier | modifier le code]Le hassaniya (حسانية) est le dialecte arabe parlé par les Bidanes. Il comporte un important substrat znaga (langue berbère sanhaja aujourd'hui presque disparue).
La poésie hassanie (shir hasani) constitue un corpus oral majeur, caractérisé par des thèmes épiques et guerriers chez les Hassan, mystiques chez les Zouaya.
Culture
[modifier | modifier le code]Le litham
[modifier | modifier le code]Le port du litham (voile de visage), hérité des Almoravides, est la marque identitaire traditionnelle des Bidanes. Trois origines mythiques : protection climatique, déguisement guerrier, et pudeur (حياء)[15].
Les bannières de guerre
[modifier | modifier le code]Les tribus guerrières s'organisaient en trois bannières (alwiya, ألوية), chacune de mille cavaliers. Dressée = charge ; inclinée = repli[13]. Chaque clan avait son porte-étendard (hamil raya). Celui des Awlad Ahmad bin Daman fut tué dans l'armée d'Ali al-Kuri[16].
Marques de chameaux
[modifier | modifier le code]Le wasm (وسم), marque au fer, identifie chaque tribu[17].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Mohamed Saleh al-Nasiri, al-Haswa al-Baysaniya, Walata, xiiie siècle h
- Paul Marty, L'Émirat des Trarzas,
- Paul Marty, Les tribus bidanes du Hodh et du Sahel,
- Mokhtar Ould Hamid, Hayat Moritania, Nouakchott
- Mouna Bounaama, al-Tadwin al-Tarikhi fi Muritaniya,
- Mujmal Tarikh al-Muritaniyin,
- al-Hulal al-Mawshiyya, Dar al-Rachad
- Ibn Tuwayr al-Janna, Chronique, xviiie siècle
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Ibn Hawqal, Kitab Surat al-Ard, Xe siècle, cité dans Mujmal Tarikh al-Muritaniyin.
- ↑ Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar, cité dans Mujmal Tarikh al-Muritaniyin.
- ↑ Paul Marty, Les tribus bidanes du Hodh et du Sahel, 1919, traduction arabe, 2001.
- ↑ Al-Tabari (IIIe siècle H), al-Hamdani (IVe siècle H), al-Jurjani (Ve siècle H), cités dans Mujmal Tarikh al-Muritaniyin.
- ↑ Mouna Bounaama, al-Tadwin al-Tarikhi fi Muritaniya, 2014.
- ↑ Al-Baydaq, Akhbar al-Mahdi ibn Tumart, XIIe siècle.
- ↑ Al-Mu'jib, Chronique almohade, XIIe siècle.
- ↑ Al-Hulal al-Mawshiyya, édition Dar al-Rachad.
- ↑ Paul Marty, Les tribus bidanes, op. cit.
- ↑ Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar, VIIIe siècle H.
- ↑ Mohamed Saleh al-Nasiri, al-Haswa al-Baysaniya fi Ilm al-Ansab al-Hassaniya, XIIIe siècle H.
- ↑ Ibn Tuwayr al-Janna, Chronique, XVIIIe siècle.
- 1 2 Mujmal Tarikh al-Muritaniyin, op. cit.
- ↑ Mouna Bounaama, op. cit.
- ↑ Sahara al-Mulathimin, op. cit.
- ↑ Hayat Moritania, partie Trarza.
- ↑ al-Haswa al-Baysaniya, op. cit.
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