Asmahan
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 31 ans) Ras El Bar (en) (royaume d'Égypte) |
| Nom dans la langue maternelle |
أسمهان |
| Nom de naissance |
آمال فهد فرحان إسماعيل الأطرش |
| Surnom |
أسمهان |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Fahad Al-Atrash (d) |
| Mère |
Alia al-Mundhir (d) |
| Fratrie | |
| Conjoints |
Hassan el-Atrache (d) (de à ) Fayed Mohamed Fayed (d) () Ahmed Salem (d) Ahmed Badrakhan |
| Parentèle |
Ismail al-Atrash (arrière-grand-père) |
| Genre artistique |
|---|
Asmahan (en arabe : اسمهان, parfois Asmahane en français), de son vrai nom Amal El Atrache (en arabe : آمال الأطرش), née le et morte le en Égypte, est une chanteuse et actrice syrienne[1],[2]. Elle est la sœur de Farid El Atrache.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance
[modifier | modifier le code]Des origines druzes syriennes et libanaises
[modifier | modifier le code]Asmahan naît d'un père syrien, le prince Fahd El Atrach issu du clan druze El-Atrache Djebel el-Druze syrien, et d'une mère libanaise, également druze, la princesse et accessoirement musicienne Alia[3],[1], à bord d'un paquebot grec reliant Athènes à Beyrouth, alors que sa famille, son père Fahd, sa mère Alia et ses deux frères Fouad et Farid, fuient la Turquie. Le père d'Asmahan aurait exercé les fonctions de gouverneur du district de Demirci, en Turquie, durant les derniers jours de l'Empire ottoman, avant de fuir le pays avec ses enfants et son épouse enceinte. Le 25 novembre 1912, la famille embarqua à İzmir à destination de Beyrouth, et Asmahan naquit pendant la traversée. Elle reçut le prénom d'« Amal », qui signifie « espoir », en raison des circonstances lors de sa naissance, le bateau ayant failli couler[4] Elle fut également appelée « Emily », mais préféra toujours le prénom « Amal ».
Après l'instauration du mandat français sur la Syrie, la famille retourna dans le territoire druze[5]. À la suite de la révolte d'Adham Khanjar, la demeure des El-Atrache à Al-Qurayya, est bombardée par les forces françaises. Alia s'enfuit alors avec ses enfants vers Damas et, malgré les instructions de son mari Fahd, refuse de revenir auprès de lui[6]. Asmahan évoquera plus tard son enfance en territoire druze comme une période « épargnée par tout véritable malheur »[7]. Alia et ses trois enfants gagnent ensuite Beyrouth, mais, apprenant que les autorités françaises les y recherchent, ils se réfugient à Haïfa, en Palestine mandataire, avant de rejoindre l'Égypte. Alia y demande l'asile politique pour elle-même et ses trois enfants. Le gouvernement égyptien le leur accorde en 1926, leur conférant par la même occasion la nationalité égyptienne. Alia inculque à ses enfants la pratique de la musique[8].
Une jeunesse égyptienne
[modifier | modifier le code]Alia choisit de s'installer au Caire, sachant que le Premier ministre nationaliste égyptien de l'époque, Saad Zaghloul, entretenait des relations avec un parent de son mari, Sultan al-Atrash[9],[10],[11]. Selon les récits familiaux, elle fut autorisée à entrer en Égypte sous le patronage de Saad Zaghloul. De nombreux Syriens et Libanais étaient alors installés en Égypte.
Asmahan et sa famille vivent d'abord dans un modeste appartement d'un quartier populaire du Caire. Pour subvenir aux besoins de sa famille, sa mère travaille comme blanchisseuse et couturière[12]. Dotée d'une excellente voix, elle joue également du oud, chante lors de réceptions et réalise quelques enregistrements.
Asmahan et ses frères fréquentent une école catholique française. Afin d'obtenir une réduction des frais de scolarité, Alia les inscrit sous le nom de « Kusah » (« courgette » en arabe), plutôt que de tenter de convaincre les responsables de l'établissement que des membres de la famille el-Atrache, réputée aisée, étaient tombés dans le dénuement[13]. Selon un journaliste égyptien, Alia reçoit également une allocation mensuelle d'un bienfaiteur resté anonyme, que certaines sources identifient au philanthrope américain Charles Richard Crane, membre de la Commission King-Crane[14]. Cette aide lui permet de financer la scolarité de ses enfants et de s'installer dans un appartement plus confortable, situé rue Habib Shalabi.
Carrière
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À l'image de son frère Farid, Asmahan devient rapidement un prodige. Plus tard, alors que la carrière de Farid est en plein essor, le producteur-compositeur Mohamad El Qasabji se penche sur le cas d'Amal, et c'est le compositeur Daoud Hosni qui lui trouve son nom de scène d'Asmahan (« la Sublime », en persan). Son frère aîné Fouad refuse de la voir rejoindre le monde du spectacle. En 1933, il offre la main de sa sœur à son cousin Hassan Al-Atrash en 1933 : Amal doit abandonner sa carrière musicale. Femme au foyer rangée en Syrie, elle donne naissance à une fille, Camellia, mais divorce quatre ans plus tard. De retour au Caire, Amal El Atrach, qui a, par son mariage, perdu la nationalité égyptienne, y mène la vie d'une femme libre et mondaine, entre parties de poker, nuits blanches et flirts sans lendemain[8].
Asmahan se rend célèbre par sa participation à de nombreuses comédies musicales cinématographiques telles qu’Intisar El-Shabab et Gharam Wa Intiqam (dont est tiré le tube Layali El Ouns Fi Vienna). Une carrière à Hollywood s'ouvre à elle, ce qui lui vaudra, a posteriori, le surnom de « Marilyn du Moyen-Orient ». Malgré l’amitié trouble et indéfectible du journaliste et critique musical Mohamed al-Taba'i[15], Asmahan est constamment menacée d'expulsion, d'autant plus qu'elle est jalousée par la reine veuve Nazli Sabri dont l'amant (le chambellan Mohamad Hassanein pacha), et le propre fils (le futur roi Farouk Ier) portent un grand intérêt à la chanteuse[8]. Pour se protéger, elle épouse le réalisateur égyptien Ahmed Baderkhan puis le séducteur et réalisateur Ahmed Salem[4].
Espionnage
[modifier | modifier le code]Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques lui offrent 40 000 £ pour espionner et convaincre son premier mari et les Druzes de ne pas intervenir contre les Alliés lors de l'opération Exporter[16].
Mystère de sa mort
[modifier | modifier le code]Elle meurt noyée avec son amie et confidente, Mary Baines, enseignante universitaire, après que sa voiture, pour une raison inconnue, sombre dans les eaux du Nil, le [17]. Sa mort très suspecte — le conducteur de sa Rolls-Royce Silver Ghost, un mystérieux remplaçant de son chauffeur habituel, ayant disparu sans laisser de trace — donne naissance à de nombreuses rumeurs. Les services de renseignement britanniques ont été accusés de s'être débarrassés d'elle après qu'elle a tenté de rencontrer des agents allemands. La Gestapo allemande a également été accusée, du fait de l'aide qu'Asmahan avait donnée aux forces britanniques et à celles de la France libre. Le roi Farouk Ier d'Égypte a été aussi soupçonné, car elle avait repoussé ses avances, son frère Fouad de même, pour l'avoir déshonoré, ou son premier mari pour l'avoir humiliée[8], ou encore Oum Kalthoum par jalousie. La mort de la chanteuse reste jusqu'à nos jours une énigme. Il semble que le silence sur la disparition de la chanteuse ait arrangé toutes les parties ainsi soupçonnées, sauf son public, qui, génération après génération, continue à vénérer son art.
La particularité d'Asmahan est son chant mélancolique inspiré par la musique européenne comme sur Ya Touyour (composé par Mohamed El Qasabgi) ou encore Layta Lil Barraq.
Postérité
[modifier | modifier le code]En 2021, elle est l'une des personnalités présentées dans l'exposition « Divas. D'Oum Kalthoum à Dalida » à l'Institut du monde arabe (Paris)[18].
Discographie
[modifier | modifier le code]Principaux titres[19] :
- Eedy fi Eedak
- Shorouq we Ghoroub
- al-Khitam Operette (pour le film Intisar Al Shabab)
- al-Layl
- as-Shams Ghabat Anwarha
- ad-Denya fi Eedy
- al-Osra al-Alaweyya Anthem (pour le film Gharam wa Intiqam)
- Aamel Eah Ashan Ansak?
- Ana Bent al-Layl
- Ghayra Magd Poem
- Hadaytak Alby
- Adhaby fi Hawak Ardaah
- Hal Tayyem al-Ban
- Isqineeha bi Aby Anta wa Ommy
- Ahwa
- Emta Hatearaf?
- Ana elly Astahel
- Ayna al-Layaly?
- Ayyuha Anna'em
- Hadeath Aynayn
- Dakhalt Marra fi Genenah
- Regeaat Lak
- Aahedny ya Alby
- Alek Salat Allah we Salamoh
- Farraq ma Benna az-Zamaan
- Fi yom Mashoofak
- Magnoon Layla
- Kan li Amal
- Kelma ya Nour al-Ain
- Konty al-Amany
- Layaly al-Ons fi Vienna
- Layta lel-Bouraq Ayna
- Mahlaha Eishet al-Fallah
- Nawayt Adary Aalaamy
- al-Ward
- Ya Habibi Allah
- Ya Dirati
- Ya Toyour (or Taghreed al-Balabel)
- Yally Hawak
- Ya Layali al-Bishr
- Ya Naar Fouadi
Filmographie
[modifier | modifier le code]- 1941 : Victoire de la jeunesse (ar) (انتصار الشباب, Intisâr al chabâb)[20] d'Ahmed Badrakhan : Nadia
- 1944 : Amour et Vengeance (ar) (غرام وانتقام, Gharam wa Intiqam) de Youssef Wahbi[21] : Suhair
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « Images of enchantment: visual and performing arts of the Middle East, par Sherifa Zuhur », sur Google (consulté le ), p. 81
- ↑ Newspaper Article by Abdel-Fadil Taha 2008-05-23 Al-Quds al-Arabi, "وحصلت الأسرة علي الجنسية المصرية وظلت تنعم بها ومنهم اسمهان بالطبع"
- ↑ Professeur de chant et de luth oriental.
- 1 2 Asmahane ou أسمهان
- ↑ Zuhur 1998, p. 81
- ↑ Zuhur 2000, p. 38
- ↑ Zuhur 2000, p. 36
- 1 2 3 4 « Asmahane, idole et espionne », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "Zuhur 2000 p=38-39" - ↑ [vidéo] « Entretien avec Fouad el-Atrache, à partir de 4 min 34 s. », sur YouTube
- ↑ Zuhur 2000, p. 39
- ↑ Zuhur 2000, p. 41
- ↑ Zuhur 2000, p. 41, 53
- ↑ Zuhur 2000, p. 42, 44
- ↑ (en) Sheriva Zumir, Colors of Enchantment : Theater, Dance, Music and the Visual Arts of the Middle East, American Univ in Cairo Press, , p. 280
- ↑ (en) Muhammad al-Taba'i, Asmahan Tells Her Story, Dar al-Shorouk Press, , p. 142-146
- ↑ Marie Seurat, Le destin brisé d'Asmahane, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle,
- ↑ Olivier Nuc, « Quand l'Orient chantait l'amour au féminin », Le Figaro, cahier « Le Figaro et vous », 12-13 juin 2021, p. 31 (lire en ligne).
- ↑ « Asmahan », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ Intisar al-chabab (lire en ligne)
- ↑ « L'Egypte en film: Premier site francophone sur le cinéma et acteurs égyptiens », sur egyptefilm.fr (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Marie Seurat, Une étoile filante, le destin brisé d'Asmahane, Grasset, .
- Frédéric Lagrange, Musiques d'Égypte, Acte Sud, .
- (en) Sherifa Zuhur, Images of Enchantment: Visual and Performing Arts of the Middle East, American University in Cairo Press, (ISBN 977-424-467-2)
- (en) Sherifa Zuhur, Asmahan's Secrets: Woman, War, and Song, University of Texas Press, (ISBN 978-0-292-79807-6)
- (en) Sherifa Zuhur, Colors of Enchantment: Theater, Dance, Music and the Visual Arts of the Middle East, American University in Cairo Press, (ISBN 977-424-607-1)
- (en) Muhammad al-Taba'i, Asmahan Tells Her Story, Dar al-Shorouk Press, .
- Lamia Ziade, Ô nuit, ô mes yeux, POL, .
- Fouad el-Atrache et Foumil Labib, Qessat Asmahan [« Histoire d'Asmahan) »], Dar el-Jadeed, (présentation en ligne).
Documentaire audio
[modifier | modifier le code]"La face cachée d'Asmahan", Une histoire particulière, France culture
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à la musique :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- (en) Site de fan
- Yasmine Youssi, « Asmahan, la divine tragédie d’une diva orientale », in Télérama, 21 aout 2020
- Chanteuse syrienne du XXe siècle
- Chanteuse arabophone
- Actrice syrienne du XXe siècle
- Actrice syrienne de cinéma
- Druzes
- Mononyme de chanteuse
- Mononyme d'actrice
- Nom de scène
- Naissance en novembre 1912
- Naissance dans l'Empire ottoman
- Naissance en mer
- Décès en juillet 1944
- Décès en Égypte
- Décès à 31 ans
- Mort dans un accident de la route en Égypte